Archive pour la catégorie ‘Films’

Dredd // Pete Travis

Mercredi 8 mai 2013

Le personnage du Juge Dredd (Joe de son petit nom — si si, je vous assure) a fait son apparition en 1976 dans les pages de la revue britannique 2000 A.D.. Les comics originaux prennent place au tournant du XXIIème siècle, sur une Terre dévastée surnommée “la Terre Maudite”. Au cœur des paysages désolés et radioactifs peuplées de mutants et autres créatures dégénérées, quelques enclaves humaines subsistent, surpeuplées et en proie à une violence quotidienne.

Mega-City One est l’une des ces enclaves, une tentaculaire conurbation s’étendant de Boston à Washington D.C. Abritant 800 millions d’habitants, Mega-City One est un cauchemar urbain où sont commis 17 000 crimes chaque jour. Pour endiguer la prolifération des gangs, une caste de super-flics aux méthodes expéditives a été mise en place. A la fois agents de terrain, jurés, et exécuteurs, ces policiers de choc sont appelés les Juges. Parmi eux, Joe Dredd est le plus efficace et le plus brutal, appliquant la loi sans concession.

Judge Dredd avait déjà été adapté au cinéma en 1995, avec Sylvester Stallone dans le rôle-titre. Une adaptation bien éloignée du ton du comics original, qui avait causé l’ire des fans comme des créateurs du personnage. Cette version, véritable nanar de science-fiction, n’encourageait pas l’optimisme quant à un nouveau film mettant en scène Dredd. Co-production anglo/sud-africaine sortie en salles en 2012, cette nouvelle version s’avère pourtant très réussie.

On y suit une journée dans la vie de Dredd (cette fois-ci incarné par Karl Urban), qui se retrouve flanqué d’une jeune recrue, Cassandra Anderson (Olivia Thirlby), avec pour mission de l’évaluer sur le terrain. Anderson fait un Juge un peu spécial, puisqu’elle possède des pouvoirs psychiques. Les deux Juges se rendent alors dans un “bloc” (une sorte d’arcologie) délabré au nom délicieusement ironique de “Peach Trees”, où un triple homicide a été commis.

Il s’avère que Peach Trees est sous l’égide du gang dirigé par la sanguinaire Madeline “Ma-Ma” Madrigal (Lean Headey), qui contrôle une nouvelle drogue appelée Slo-Mo, qui ralentit la perception de l’utilisateur (une méthode astucieuse et originale de justifier les ralentis lors des fusillades). Ne souhaitant pas voir des Juges s’immiscer dans ses petites affaires, Ma-Ma scelle alors le bloc, piégeant Dredd et Anderson à l’intérieur. Commence alors une véritable guerre pour le contrôle des 200 étages de ce tombeau de béton et d’acier…

Avec son intrigue simple mais efficace, sorte de mix entre Die Hard, New York 1997 et The Raid, Dredd tire le maximum de son (relativement) petit budget en se concentrant sur l’essentiel. Le film de Pete Travis propose un film d’action brutal aux images léchées, parvenant à doter même les séquences gores d’une indéniable beauté plastique. Moins tape-à-l’œil que le film de 1995, Dredd évite le piège du kitsch et du carton pâte.

Si le film réussit, c’est également grâce à ses acteurs. Karl Urban s’avère plus que convaincant dans le rôle de Dredd, parvenant même à instiller de subtiles et essentielles variations dans son expression au premier abord éternellement contrariée. Si on pouvait craindre que la “jeunette” Olivia Thirlby serait le point faible du film dans le rôle d’Anderson, il n’en est rien. Personnage le plus “équilibré” du film, Anderson va connaître une vraie évolution au cours de ce qui sera son baptême du feu. Les rapports entre Dredd et sa recrue sont d’ailleurs traités avec beaucoup de finesse et d’intelligence (pour un film de ce type), apportant finalement la touche d’humanité nécessaire pour que l’on puisse s’attacher à ces super-flics sans états d’âme. Dans le rôle de Ma-Ma, Lena Headey campe une méchante bien plus mémorable que ceux du film précédent.

Dredd s’avère donc une excellente surprise : un bon film d’action dans un univers cyberpunk, avec une bonne histoire, de bons personnages, de bons acteurs, une bonne mise en scène et de bons effets spéciaux. Injustement passé inaperçu, il mérite d’être redécouvert d’urgence.

Inspiration Shadowrun : Lorsqu’une guerre des gangs éclate au sein du ACHE (Arcology Commercial and Housing Enclave), les runners se retrouvent piégés dans le complexe. Il s’avère qu’un stock de Tempo attise toutes les convoitises, et que différents gangs et Cartels fantômes sont prêts à tout pour le récupérer, tandis que les forces de Knight Errant tentent de reprendre le contrôle des lieux. Les runners vont devoir choisir à qui s’allier pour survivre à ce qui s’annonce une longue nuit…

Johnny Mnemonic // Robert Longo

Jeudi 13 septembre 2012

Sorti en salles en 1995, Johnny Mnemonic est considéré comme une occasion manquée. Cette adaptation cinématographique de la nouvelle éponyme de William Gibson aurait du être l’entrée en fanfare du cyberpunk dans les salles obscures. Malheureusement, le film de Robert Longo ne comblera pas les espérances des fans et ne convaincra pas les cinéphiles. Est-il pour autant aussi mauvais que certains aiment à le dire ? De mon point de vue, non.

Keanu Reeves, s’entraînant pour son futur rôle de Neo dans The Matrix, est Johnny, un data-coursier dans un monde dystopien gouverné par les méga-corporations. Parce que la Matrice est hantée de hackers capable de s’emparer de n’importe quelle information transitoire, les coursiers comme Johnny stockent les données sensibles dans un implant cortical. Les données sont cryptées, et Johnny ne possède pas la clé : seul son destinataire est capable de récupérer les fameuses données. En devenant un disque dur ambulant, Johnny a du sacrifier une partie de ses souvenirs d’enfance, souvenirs qu’il souhaite désormais récupérer. C’est pourquoi il accepte des données dont la taille dépasse les capacités de son implant…

Johnny doit désormais livrer les données avant que son cerveau ne soit irrémédiablement endommagé, mais il comprend très vite que ce ne sera pas si simple. Deux groupes sont en effet en lice pour mettre la main sur les fameuses données : le Yakuza d’un côté, et la corporation Pharma-Kon, dirigée par l’énigmatique Takahashi (Takeshi Kitano) de l’autre. Ne pouvant se fier à personne, Johnny recrute les services de Jane (Dina Meyer), une samouraï des rues cybernétisée, pour assurer sa protection…

Tous les ingrédients du cyberpunk sont présents dans Johnny Mnemonic. On retrouve ainsi des quartiers en ruines où rôdent des gangs, des méga-corporations et des organisations criminelles qui règnent sur le monde, la Matrice, des fantômes dans la machine, des samouraïs des rues au corps modifié pour le combat, et une bonne dose de folie douce, à l’image de ce prêtre / tueur-à-gages interprété par Dolph Lundgren, ou le désormais mythique cyber-dauphin accroc à la coke. Les effets spéciaux ne sont pas toujours très réussis, et le futur dépeint fait doucement sourire à l’ère des smartphones, mais avec les années le film a gagné un petit côté rétro-futuriste qui le rend plutôt agréable à regarder. La grande faiblesse du film reste ses personnages qui manquent cruellement d’épaisseur, à l’image de Johnny que Reeves incarne de manière particulièrement rigide et placide.

A noter que le film est sorti en occident dans une version plus courte, remontée dans le dos du réalisateur dans l’espoir de faire passer Johnny Mnemonic pour un film d’action. Seul le Japon a préféré le montage originale (où Kitano avait davantage de scènes) et c’est donc la “vraie” version du film qui est sortie au pays du Soleil Levant. Cette version est disponible en DVD et BluRay au Japon. Avec une dizaine de minutes supplémentaires, elle ne transforme pas Johnny Mnemonic en chef-d’œuvre, mais permet au moins de mieux apprécier l’intention du réalisateur. C’est aussi l’opportunité de profiter de la bande-originale de Mychael Danna, remplacée dans le reste du monde par une nouvelle bande-son signée Brad Fiedel.

S’il n’est donc pas LE film cyberpunk tant attendu, Johnny Mnemonic n’en est pas moins un film sympathique, très proche de l’ambiance du Shadowrun des débuts, qu’on apprécie d’autant plus si on le regarde sans lui prêter d’ambitions.

Inspiration Shadowrun : Avec la généralisation de la Matrice sans fil, de plus en plus d’habitants du Sixième Monde sont atteints de sensibilité électromagnétique aigue, rendant leur vie dans le sprawl insupportable. Officiellement, il n’existe pas de traitement définitif, obligeant les victimes à suivre de longs et coûteux soins. Lors d’un run, les shadowrunners découvrent de mystérieuses données qui s’avèrent être la clé pour guérir la maladie; les mégacorporations préféraient cacher ces informations pour continuer à faire du profit sur le dos des malades. Désormais traqués par tous, les runners vont devoir décider quoi faire de ces données…

Premiers concept-arts du film Neuromancien

Dimanche 9 septembre 2012

>> Voir aussi : Neuromancien // William Gibson

Paru en 1984, le roman Neuromancien de William Gibson a été le fer de lance du mouvement cyberpunk et une des sources d’inspirations majeures de Shadowrun. Le roman est actuellement en cours d’adaptation cinématographique par le réalisateur Vincenzo Natali (Cube, Cypher, Splice…). Les premiers concept arts viennent d’apparaître sur le net.

Sight // Eran May-Raz et Daniel Lazo

Vendredi 3 août 2012

Sight est un court-métrage de fin d’études réalisé par Eran May-Raz et Daniel Lazo. Son sujet ? La Réalité Augmentée, traitée ici d’une manière qui serait tout à fait à sa place dans Shadowrun. A voir d’urgence.

TRON: Legacy // Joseph Kosinski

Dimanche 22 janvier 2012

A sa sortie en 1982, le film TRON de Steven Lisberger a mis en images la notion jusque-là très “virtuelle” de cyberespace. Le film narrait l’aventure de Kevin Flynn (Jeff Bridges), un concepteur de jeu qui se retrouvait transporté à l’intérieur du système informatique de la mégacorporation ENCOM. A l’intérieur du système (la “Grille), Flynn devra affronter la malfaisante intelligence artificielle MCP (Master Control Program) qui a pris le contrôle du système. Dans sa quête pour libérer la Grille, Flynn sera allié à plusieurs programmes sympathisants, Tron et Yori. Lors de son combat contre le MCP, Flynn mettra à jour la corruption du vice-président d’ENCOM, Ed Dillinger.

Presque vingt ans après la sortie de ce film culte, Lisberger a mis en chantier et produit TRON: Legacy, réalisé par Joseph Kosinski. Ce nouvel épisode met en scène le fils de Flynn, Sam (Garrett Hedlund). Lorsque Sam était enfant, son père (devenu entretemps CEO d’ENCOM) a mystérieusement disparu. Devenu un jeune adulte, Sam reçoit un message apparemment envoyé par son père, l’enjoignant à se rendre à la vieille salle d’arcade qui servait jadis d’antre à son paternel. Sans le vouloir, Sam réactive les anciens systèmes de numérisation et se retrouve à son tour propulsé dans le cyberespace. Il découvre un système entièrement sous le joug d’un programme informatique, CLU, qui a les traits de Kevin Flynn. Aidé par la belle Quorra (Olivia Wilde), une “ISO” (diminutif d’algorithme isomorphique, désignant ici une véritable forme de vie née dans le cyberespace - une Intelligence Numérique en somme), Sam va affronter CLU et tenter de retrouver son père, piégé au sein de la Grille depuis près de vingt ans…

TRON: Legacy souffre de nombreux défauts : des problèmes de rythme, un scénario au déroulement simpliste multipliant les allusions à des concepts intéressants mais jamais vraiment exploités… En revanche, le film est une réussite artistique totale : la cure de rajeunissement apportée à l’univers visuel emblématique est un vrai régal pour les yeux. La musique également est très réussie, la bande-originale étant signée par le duo Daft Punk (que l’on devine très encadré par Hans Zimmer) dans un registre que l’on pourrait qualifier d’électro-épique. Les acteurs sont également très bons, et apportent à cet univers virtuel l’humanité nécessaire : mention spéciale à Jeff Bridges qui interprète le double-rôle du “vieux” Kevin Flynn, devenu une sorte de prophète zen de la Matrice, et de CLU, rajeuni de vingt ans par la magie de la performance capture (le résultat est plus convaincant dans le cyberespace que lors des flashbacks dans le monde réel, sans doute car notre esprit, sachant que CLU est supposé être un personnage virtuel, parvient à oublier le sentiment d’uncanny valley). Notons également la présence d’Olivia Wilde, l’atout charme du film, qui avec ce film est sans aucun doute devenue un fantasme instantané pour toute une nouvelle génération de geeks.

TRON: Legacy n’atteindra probablement pas le statut culte de son prédécesseur à cause des faiblesses de son scénario, mais reste néanmoins un pur plaisir visuel et sonore qui se regarde sans déplaisir. Et derrière son histoire en apparence un peu bateau, l’amateur de cyberpunk saura déceler des thématiques réellement intéressantes, particulièrement en phase avec le monde de Shadowrun post-Émergence.

Inspiration Shadowrun : Dans les tréfonds d’un système corporatiste isolé, des formes mineures d’Intelligences Numériques ont commencé à apparaître. C’est l’opportunité d’étudier ces entités méconnues et peut-être de mieux comprendre les circonstances entraînant leur apparition spontanée. Mais le programme de sécurité du système considère ces entités comme “parasites” et entreprend de les traquer pour les effacer. Lorsque la corporation cherche à le désactiver, il devient conscient et prend le contrôle du système. Mr. Johnson a engagé les runners pour pénétrer dans le système afin “d’exfiltrer” les Intelligences Numériques “survivantes”. Mais la situation pourrait engendrer la naissance d’un nouveau Deus…